Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 17:00

Shafak - Bâtarde d'Istambul


Traduit de l'anglais par Aline Azoulay

 

On passe sans arrêt de l'histoire d'une famille turque habitant Istanbul, les Kazanci, à celle d'une famille arménienne émigrée aux Etats-Unis dans les années 1920, les Tchakhmakchhian, jusqu'à ce que les deux filles des deux familles se retrouvent à Istanbul. C'est là qu'on apprend que les deux familles sont liées par de grands secrets, qu'il n'est pas toujours bon de révéler...

 

Chez les Kazanci, il n'y a plus que des femmes, quatre soeurs, leur mère et leur grand-mère, qui vivent dans la même maison. La quatrième génération est représentée par Asya, la bâtarde d'Istanbul, en révolte contre la société, contre sa mère qu'elle appelle "tante", contre les hommes, en bref, à peu près contre tout !

 

Elle devient amie avec Armanoush Tchakhmakhchian, belle-fille de son oncle émigré aux Etats-Unis. Armanoush veut connaître l'histoire de son peuple et découvrir ce peuple turc si indifférent à la cause arménienne. Elle est très attachée à son identité arménienne et aux traditions, au total opposé d'Asya.

 

Les femmes Kazanci sont toutes exaltées, l'une est tatoueuse mystique (la mère d'Asya), une autre hypocondriaque, une autre parle avec les djinns et voit l'avenir (et le passé) et la dernière tante se raccroche autant qu'elle peut à son métier d'enseignante d'histoire. Tout tourne autour de la cuisine, turque et arménienne. D'ailleurs, le titre de chaque chapitre est celui d'un aliment ou d'une épice. Je déconseille de lire ce livre quand on a faim, il creuse encore plus l'estomac !

 

Voici un passage sur tante Banu, qui communique avec les djinns :

"Le jour où elle s'était autoproclamée devineresse, tante Banu avait prêté serment de ne jamais recevoir de clients hommes. Beaucoup de choses changèrent quand elle commença à exercer cette activité. En premier lieu, elle paradait dans la maison, des châles brodés écarlates jetés sur les épaules. Puis des écharpes en cachemire, toujours rouges, avaient succédé aux châles, des pashminas aux écharpes, et enfin, des turbans en soir, qu'elle nouait de manière lâche autour de se tête, aux pashminas. Après cela, tante Banu annonça soudain une décision qu'elle avait mûrie pendant Allah seul savait combien de temps: se retirer du monde matériel et trivial pour se consacrer uniquement à Dieu. D'une voix solennelle, elle se déclara prête à faire pénitence et à renoncer à toutes les vanités humaines, comme les derviches d'antan.

- Tu n'es pas un derviche ! répondirent ses soeurs à l'unisson.

Déterminées à la dissuader de commettre ce sacrilège inédit dans les annales de la famille Kazanci, elles se relayèrent pour élever des objections pleines de zèle.

- Les derviches étaient vêtus de sacs de laine tissée, pas d'écharpe en cachemire, glissa tante Cevriye, la plus maussade de toutes.

Tante Banu déglutit, soudain mal à l'aise dans ses vêtements et dans son corps.

- Les derviches dormaient sur du foin, pas sur des matelas de plume extra-larges, ajouta tante Feride, la plus lunatique.

Tante Banu détourna les yeux. Etait-ce sa faute si elle souffrait atrocement du dos quand elle ne dormait pas dans un lit adapté?

- Sans compter que les derviches n'avaient pas de nefs (signifie colères, nerfs en arabe). Regarde-toi! (Ca, c'était le grain de sel de tante Zeliha, la plus anticonformiste).

- Moi non plus ! Je n'en ai plus, se défendit sa soeur. Cette époque est révolue - d'une voix vibrante elle ajouta : J'irai au combat avec mes nefs et je vaincrai!!!

Chaque fois qu'un membre de la famille avait l'aplomb de se lancer dans une aventure personnelle, la réponse des autres était unanime: "C'est ça, cause toujours." Constatant qu'on ne la prenait pas au sérieux, Banu retourna dans sa chambre et claqua la porte, ne la rouvrant plus, au cours des quarante jours qui suivirent, que pour faire de brèves incursions dans la cuisine et aux toilettes, ou pour y accorcher une pancarte qui disait : ABANDONNE TON INDIVIDUALITE, TOI QUI ENTRES ICI !"

 

J'ai aimé ce livre, écrit sur des femmes par une femme, sur les cultures turques et arméniennes. En lisant Elif Shafak, on est à Istanbul, on respire les odeurs, on entend les bruits incessants de la rue, on est happé dans un autre univers. C'est très dépaysant !

 

Elif Shafak est née à Strasbourg en 1971. Elle est fille de diplomate, a passé son adolescence en Espagne avant de revenir en Turquie. Elle est l'auteurs de neuf livres et vit aujourd'hui à Istanbul.



Par Sarah - Publié dans : Auteurs turcs
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Mardi 25 mai 2010 2 25 /05 /Mai /2010 10:43

Lawhead - 1 Taliesin


Traduit de l'anglais par Luc Carissimo


"Taliesin" constitue le premier volume du "Cycle de Pendragon", une saga sur l'univers mythique de Merlin, du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde.


J'ai découvert cette série après avoir lu les bandes dessinées "Merlin" d'Istin, Lambert et Stambecco et "Arthur" de Chauvel, Lereculey et Simon. En fait, je cherchais de la documentation sur Internet sur le mythe celte, sur ce qui était avéré et ce qui était légendaire (j'ai compris que la légende avait pris le pas sur la réalité, ce qui permet de beaucoup imaginer et rêver !). Dans "Arthur" (9 tomes), Taliesin est le meilleur ami de Merlin, parfois son guide, parfois son élève, tandis que selon Lawhead, il est le père de Merlin.


Le récit se déroule sur deux plans, qui finissent par se rejoindre. D'un côté, on a Charis, une jeune princesse vivant dans l'Atlantide. La société atlante est très développée, elle fait penser à une société romaine plus raffinée. Les atlantes adorent Bel, le dieu solaire et lui consacrent des danses taurines, où des danseurs-acrobates affrontent des taureaux jusqu'à l'épuisement, de l'un ou de l'autre. Charis va devenir la plus célèbre des danseuses après la mort de sa mère, attaquée par traîtrise. Elle se sent responsable de cette tragédie et cherche par tous les moyens à mourir dans l'arène avec les taureaux.


Charis est très sensible au monde naturel et elle sent que l'Atlantide se dirige vers sa fin. Elle retourne chez son père, remarié et père de Morgian (Morgane?) et parvient à préparer la fuite en bateau de la maisonnée avant que le cataclysme ne se déclenche. L'Atlantide est engloutie sous les flots.


De l'autre côté, on suit la vie de Taliesin, enfant trouvé dans un combre à saumons par Elphin, devenu son père. Depuis ce jour, Elphin, qui n'avait eu que de la malchance, devient un grand chef de guerre et un grand roi. Il épouse Rhonwyn, une magnifique celte.


Taliesin est appelé à un destin hors du commun, il sera le plus grand barde qui ait jamais existé et préparera la civilisation à sortir des ténèbres. Mais avant cela, il doit faire son apprentissage de barde. Il est extrêmement talentueux et son chant enchante chaque auditeur. Or dans cette partie du monde aussi, la guerre et le chaos règnent en maîtres. Le village de Taliesin est attaqué et ce qui reste des habitants fuit.


Comme on pouvait s'y attendre, c'est ainsi que Charis et Taliesin se rencontrent et tombent amoureux. Ils sont tous deux exilés, ce qui les rassemble. Morgian essaie de séduire Taliesin sans succès mais on sent son aura négative. Elle est attachée aux anciennes traditions alors que tous (ou presque) se rallient à la parole du Christ.


"Les barbares, par leur seul nombre, avaient bloqué la charge du roi et repoussaient son armée. Taliesin chercha désespérément autour de lui. Son regard se posa sur son cheval noir. Il courut à lui, saisit les rênes, entraîna sa monture au centre du grossier cercle de pierres et sauta en selle.

Puis, brandissant son bâton de chêne, il répéta l'incantation. Cette fois, il sentit son awen descendre sur lui comme un manteau rayonnant; l'air miroitait autour de lui. Il sentait le pouvoir de ses mots prendre forme sur le vent. Ce n'étaient plus de simples mots, c'était le vent, avec toute sa puissance. Les mots volaient sur ses lèvres, arrachés à sa langue par la force de leur seule volonté. Un souffle glacé s'amassa autour de lui en une spirale tourbillonnante, prenant de plus en plus de force, avant de dévaler la colline. Cette étrange et soudaine tornade franchit la vallée vers l'endroit où la bataille faisait rage.

Les hommes du roi Elphin sentirent le vent glacial cingler leur visage et levèrent les yeux. Là, sur la colline opposée, ils virent la mince silhouette d'un homme de haute taille dressé sur un cheval noir, un long bâton brandi au-dessus de sa tête. "Taliesin! s'écria quelqu'un. Notre druide envoie le vent à notre secours!"

Les ennemis sentirent le vent glacé et virent le ciel obscur. Ils tournèrent de grands yeux stupéfaits vers la mystérieuse silhouette sur la colline et marquèrent un temps d'arrêt.

C'était tout ce dont avait besoin la cohorte. Enhardies par l'hésitation des Saecsens à la longue chevelure et de leurs acolytes, les troupes d'Elphin firent volte-face et chargèrent la masse mouvante. Le vent glacé hurlait au-dessus du champ de bataille ensanglanté et, quelques instants plus tard, l'ennemi fuyait chercher un abri dans les bois. Un hurlement féroce jaillit de la gorge des légionnaires défendant le fort. Les portes s'ouvrirent et les soldats s'élancèrent à la poursuite de l'ennemi."


"J'étais avec mon Seigneur dans les cieux

Quand Lucifer fut précipité dans les profondeurs de l'Enfer;

J'ai porté une bannière devant Alexandre en Egypte;

Je sais le nom des étoiles du Nord à l'Autan;

J'ai été chef des architectes de la tour de Nemrod;

J'étais à Babylone dans le Tétragramme;

J'ai été patriarche près d'Elie et d'Enoch;

J'étais au sommet de la croix du Fils de Dieu miséricordieux;

J'ai été trois fois dans la prison d'Arianrhod;

J'étais dans l'Arche avec Noé et Alpha;

J'ai assisté à la destruction de Sodome et Gomorrhe;

J'ai soutenu Moïse dans sa traversée de la mer;

J'étais à la cour de Don avant la naissance de Gwydion;

Et j'étais avec mon Seigneur dans la crèche des boeufs et des ânes.

J'ai été transporté à travers l'univers par la main du Très-Haut;

J'ai reçu mon awen du Chaudron de Ceridwen;

Les gens m'appellent poète et barde, désormais je serai connu comme Prophète!

Je suis Taliesin, et mon nom demeurera jusqu'au Jugement."


L'histoire est agréable à lire, assez prenante (j'ai d'ailleurs acheté la suite de la série) et nous montre une autre facette de la légende arthurienne. Je ne dirais pas que c'est de la grande littérature mais cela constitue un délassement agréable.

 

Stephen Lawhead est né le 2 juillet 1950 dans le Nebraska et vit actuellement en Angleterre avec sa femme, elle-même écrivain.

 

Pour quelques renseignements sur Taliesin, le lien wikipédia.

Par Sarah - Publié dans : Fantastique
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Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 16:12

Lawhead - 2 Merlin


Traduit de l'anglais par Luc Carissimo


Attention, ne pas lire cet article et les trois suivants si vous ne voulez pas connaître l'histoire !


Dans cet deuxième opus, on suit la jeunesse de Merlin, racontée à la première personne. On découvre qu'il a été enlevé par le petit peuple des collines puis qu'il est resté leur prisonnier volontaire durant trois ans. Il apprend avec eux la magie.


En rentrant chez lui, il rencontre Ganieda, dont il tombe immédiatement amoureux. Il va tout faire pour la conquérir : une fois devenu roi, il l'épouse. Ganieda tombe enceinte et repart chez elle dans le nord pour accoucher tandis que Merlin doit rester dans son royaume pour organiser et former les armées notamment.


Quand il part la rejoindre, il découvre son corps mutilé ainsi que celui de nombreux villageois, attaqué par les Saecsens. Merlin en devient fou, il entre dans un état de transe et décime littéralement l'armée saecsenne. Il fuit ensuite dans la forêt et vit comme un animal.


C'est là que le mal, sous la forme d'un homme d'église, va lui rendre visite et qu'il parviendra à le repousser. Plus tard, son fidèle serviteur, Pelléas, le retrouve et le ramène parmi les hommes. Il retrouve enfin sa mère, Charis, et son grand-père, Avallach. Sa foi en Jésus grandit encore et il sait que la foi sera le seul moyen de sauver la Bretagne. Morgian incarne le mal et parvient à envahir les gens d'esprits maléfiques. Morgian constitue la plus grande peur de Merlin.


De nombreuses années se sont passées durant la retraite de Merlin dans la forêt et la Bretagne va de plus en plus mal. Il réussit à faire d'Aurelius le Grand Roi de Bretagne, qui est tué par empoisonnement juste après s'être marié à Ygerna. Uther, le frère d'Aurelius, devient roi à sa place et épouse Ygerna, dont il a toujours été amoureux.


Un problème se pose : Ygerna est enceinte d'Aurelius. Dans une de ses visions de l'avenir, Merlin voit qu'Uther veut tuer le bébé à la naissance mais il parvient à le raisonner et à prendre soin du petit, Arthur.


Précisons encore que Merlin, ainsi que tous les descendants de l'Atlantide, bénéficie d'une vie très longue (peut-être l'immortalité ? Je n'en suis pas encore là).


L'histoire est toujours prenante, les récits de bataille sont très bien menés. Deux contes celtes sont racontés dans ce livre, je dois avouer que j'aurais aimé en avoir plus, étant donné que Merlin est barde et qu'il chante régulièrement des contes.


A la suite !

Par Sarah - Publié dans : Fantastique
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Samedi 15 mai 2010 6 15 /05 /Mai /2010 16:41

O'Faolain - Chicago May


Traduit de l'anglais par Vitalie Lemerre


Nuala O'Faolain ne raconte pas seulement l'histoire de Chicago May, criminelle, aventurière et prostituée, elle procède à une véritable réflexion sur la biographie et l'autobiographie. Elle part en fait du récit que May elle-même a fait de sa vie et essaie d'imaginer ce que cette femme a pu dire et ressentir durant ses nombreuses aventures. Ce n'est pas une biographie "inventée", comme celles de Max Gallo par exemple, où l'auteur se met dans la peau du personnage qu'il raconte et lui prête des pensées et des intentions qu'il n'a peut-être pas eu en réalité. L'auteur essaie de rester ici au plus près de la réalité de la vie d'une immigrée irlandaise aux Etats-Unis en fin de XIXe siècle, qui devient une criminelle pour sortir de sa triste condition.


Le récit est parsemé de réflexions personnelles de l'auteur et dresse un portrait réaliste de l'Amérique de "Gangs of New-York". Je pense que c'est à cause de cela que je n'ai pas été captée par l'histoire. C'est intéressant, instructif, parfois horrible (prostitution, vie en prison) mais je n'ai pas complètement croché. Il y a beaucoup de digressions et on se perd parfois dans les noms des personnages (qui ont tous existé) et même dans l'histoire personnelle de l'auteur. Il faudrait peut-être d'abord lire ses autobiographies avant de se plonger dans L'histoire de Chicago May. Ce livre reste tout de même intéressant et permet de se poser des questions.


Voici deux passages assez représentatifs des questions que se pose l'auteur tout au long du récit:


"Des privilèges comme le temps libre, la littérature, l'accès à la lumière et au chauffage sont restés réservés à un petit nombre et refusés au plus grand nombre pendant une bonne partie du XXe siècle. Mais une société où la fiction sérieuse n'est pas accessible, comme celle dans laquelle May a grandi et des milliards de gens ont grandi et grandissent, renferme autant de gens qui ont besoin de l'imagination que partout ailleurs. May était affamée de rêve - c'est pour cela qu'elle s'est enfuie, c'est pour cela qu'elle a fait d'elle-même une sorte de légende. C'est pour cela qu'elle étant enchantée d'Eddie Guerin. Les gens mènent des vies intéressantes qu'ils lisent des livres ou non, et ils n'ont pas besoin d'entendre parler de moralité pour être moraux. Mais qu'est-ce qui, à part la fiction, peut trouver les mots pour dire l'incohérence de la conscience, et donner suite au souvenir, éclairant grâce à des comparaisons entre l'avant et l'après le développement des individus et des situations?

Quelle capacité à imaginer avait-elle? Bien sûr, elle avait été parfaitement familière des histoires - issues de la riche tradition orale de sa culture, des paraboles utilisées par l'enseignement catholique, de romans de quatre sous et de magazines distrayants qui circulaient, peut-être, parmi les prostituées qui attendaient le client. Mais les romans de Jane Austen relient les événements d'une vie à un personnage. Ils font plus que raconter une histoire. Il font ce que Henry James dit que les romans font: ils nous aident à connaître. La connaissance n'a jamais protégé personne - y compris, peut-être, Jane Austen et Henry James - de la souffrance affective. Mais May, quelle ressource de réflexion, la sienne ou imaginée, pouvait-elle apporter à sa liaison avec Eddie Guerin?

Que pensait-elle, par exemple, de ce que les amants se doivent l'un à l'autre? C'est une question dont dépend un acte charnière dans la vie de May.

Mais, entre-temps, le manque d'introspection de May paie de merveilleux dividendes. C'est une qualité négative pour le biographe, car elle le condamne à d'incessantes spéculations. Mais combien positive elle a dû être quand May est tombée amoureuse d'un homme! Elle ne doit ressentir aucun frein. Imaginez toute sa vitalité, non maîtrisée par la réflexion, tournée, finalement, vers le bonheur!"


En parlant de May:


"Elle vit en moi, bien que notre relation soit pleine d'incertitudes. La seule chose dont je sois sûre - et c'est certainement l'utilité fondamentale de la biographie - c'est qu'un seul mot ne suffit pas à la résumer. Mauvaise, pécheresse, malfaisante, perdue - aucun de ces mots ne peut le faire. Ils sont utilisés pour diaboliser et rejeter mais, même dite abruptement, l'histoire de May montre que son âme et la façon dont elle l'a exprimée étaient quelque chose de plus compliqué que ce que peut suggérer un seul mot. Et l'histoire d'une vie n'est rien comparée à une vie.

L'histoire d'une vie est-elle même racontable? J'ai écrit la mienne - en fait, j'ai tenté de le faire par deux fois car j'ai écrit deux livres de Mémoires - mais je peux ressentir le non-dit et l'indicible se presser derrière tout ce que j'ai dit, bien que je n'aie jamais rien caché consciemment. Les instants d'une vie sont si magnifiquement variés, si riches de matière et, en même temps, su multiplement et délicatement évanescents qu'ils sont mal mis en valeur dans un simple récit chronologique. Cette pauvreté se propage au personnage. Vous lisez vos propres mots et ils paraissent extérieurs à vous; une personne plus légère, plus distinguée, plus superficielle que vous semble les avoir écrits. Et qu'est-ce que les autres peuvent ressentir tandis que vous les survolez en vitesse dans l'histoire de votre vie? Comme votre expérience que vous avez d'eux paraît maigre, semblent dire les mots, comparé à celle qu'ils ont de vous."


Nuala O'Faolain est née le 1er mars 1940 et décédée le 9 mai 2008 à Dublin. Ses deux romans autobiographies sont "On s'est déjà vu quelque part?" et "J'y suis presque". Je vais certainement les lire un jour mais ce ne sera pas pour tout de suite...

Par Sarah - Publié dans : Auteurs du Royaume-Uni
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